La maladie veineuse, véritable maladie professionnelle ?

La maladie veineuse obéit à des facteurs de risque professionnels ; ce fait est admis par nombre d’experts. Pour autant, cette pathologie ne figure pas dans la liste des maladies professionnelles reconnues. Quels sont les éléments nécessaires pour obtenir cette reconnaissance ? Qu’apporterait-elle aux personnes souffrant d’insuffisance veineuse ? Le point avec le Pr Pierre Catilina, directeur de l'Institut d'hygiène industrielle et de médecine du travail du Massif Central.

La souffrance veineuse des membres inférieurs s’exprime par des oedèmes malléolaires, des douleurs de jambe, des varicosités, des varices ou leurs complications… Tous ces signes doivent-ils être pris en compte avec la même importance lorsque l’on estime que l’activité professionnelle peut être en cause dans l’apparition de la maladie veineuse ?

Certainement pas. Par exemple, les oedèmes malléolaires et les douleurs de jambe, du fait de leur instabilité voire de leur banalité, ne peuvent être retenus pour être de façon avérée spécifiquement et essentiellement liés au travail. Les études crédibles ne visent qu’à faire reconnaître comme maladie professionnelle les varices des membres inférieurs. Celles-ci expriment le stade lésionnel final de l’insuffisance veineuse, aboutissement de contraintes longues et régulières subies par la paroi veineuse des veines des membres inférieurs.

Comment une pathologie est-elle classée comme maladie professionnelle ? Pour l’insuffisance veineuse, suffit-il de prouver qu’elle entraîne de nombreux arrêts de travail et un coût important pour la société ?

Non, cela ne s’entend pas en terme d’arrêts de travail ni de coût. Pour qu’une maladie soit reconnue comme maladie professionnelle, elle doit entrer dans un registre de maladies professionnelles, par application d’un décret ministériel. Pour bénéficier d’une prise en charge professionnelle, une maladie doit remplir des conditions précises, mentionnées dans le décret.

Quelles sont ces conditions ?

Avant tout, la maladie doit être bien désignée : pour l’insuffisance veineuse, il faut limiter la maladie aux varices superficielles des membres inférieurs, du réseau saphène interne ou externe, présentes sur l’une ou les deux jambes, et dont le diagnostic ne souffre d’aucune ambiguïté. Il faut ensuite définir les travaux jugés « exposants » : on considère qu’une maladie est une maladie professionnelle si et seulement si elle est imputable à des travaux reconnus comme responsables de cette pathologie, et réputés à risque. Pour l’insuffisance veineuse, ce sont les travaux habituels et réguliers effectués dans la position debout immobile, avec ou sans piétinements. Enfin, il faut repérer les professions qui recouvrent ces activités à risque et préciser la durée d’exposition responsable de l’apparition de la maladie.

Qu’apporterait la reconnaissance de l’insuffisance veineuse comme maladie professionnelle ?

Comme pour toute maladie professionnelle, la reconnaissance donne lieu à une prise en charge des soins et particulièrement des arrêts de travail. Tous les soins médicaux engendrés par le traitement de la maladie sont alors gratuits, une gratuité garantie par des documents fournis par la sécurité sociale. Si un arrêt de travail est nécessaire pour une chirurgie ou une cure par exemple, la personne continue à percevoir son salaire sans que celui-ci ne soit imposable. Elle pourra également percevoir des indemnités en cas de séquelles.

Propos recueillis par Hélène Jolly, le 05 octobre 2005

> Insuffisance veineuse en milieu professionnel